2050, c’est dans 40 ans … une petite génération …Â
Nous serons alors 9 milliards d’humains à nourrir sur Terre ! Et c’est là que l’on doit parler de nutrition durable.
Pourra-t-on encore envisager de ‘bien-manger’ - i.e., équilibré - ou serons-nous juste préoccupés par manger suffisament ?
Pour y répondre, l’Inra et le Cirad ont développé depuis 2006 «Agrimonde » : une prospective commune sur l’avenir des systèmes agricoles et alimentaires mondiaux à l’horizon 2050. Ces chercheurs français ont reconstitué les quantités de nourriture produites entre 1961 et 2003, pour faire des projections sur les 45 années suivantes. Ils ont ensuite bâti deux scénarios pour l’avenir.
Le premier scénario “correspond à la prolongation des évolutions historiques des productions et des utilisations de biomasse dans un mode totalement libéralisé”. Il suppose une poursuite de la croissance des rendements agricoles, mais aussi des terres consacrées à l’élevage, la consommation de viande continuant de grimper. Dans ce scénario les inégalités d’accès à l’alimentation l’accroissent et les dégâts environnementaux sont uniquement traités “dés lors qu’ils deviennent trop aigus”.
Le second scénario fait le pari d’une rupture, l’humanité décidant de mettre en place les conditions d’un développement durable de la planète.
Selon ce scénario, les disponibilités moyennes en 2050 seraient égales à 3.000 kilocalories par habitants et par jour, dont seulement 500 d’origine
animale.
Cette norme suppose d’un coté une baisse de 25% des consommations individuelles dans les pays développés, et une augmentation équivalente en Afrique sub-saharienne.
D’énormes gains sont réalisables dans la lutte contre le gaspillage alors que des calculs effectués l’an dernier montrent que 30% de la production alimentaire mondiale reste inutilisée, selon les chercheurs.
D’ores et déjà , 4.800 kilocalories sont produites par jour et par habitant sur Terre, mais 600 sont perdues dans les champs et 800 dans les chaînes de transformation et de distribution.
Aujourd’hui, “les assiettes sont très différemment garnies. Dans les pays de l’OCDE, il y a eu une croissance régulière pour arriver à 4.000 calories par jour et par habitant, alors que l’Afrique stagne entre 2000 et 2500 calories“, a souligné Gérard Matheron, directeur général du Centre de coopération et de recherche agronomique pour le développement (CIRAD).
“Historiquement, à chaque fois que l’homme s’est enrichi, il a diversifié
son alimentation, pour avoir accès à plus de graisses et à plus de sucres“, a rappelé de son côté Marion Guillou, présidente de l’Institut national de recherche agronomique (INRA).
Pour autant, rééquilibrer la consommation alimentaire à l’échelle de la planète n’a rien d’impossible, mais exige une régulation des marchés et la protection des cultures vivrières dans les pays pauvres, a-t-elle insisté.
En effet, dans les pays riches, le modèle de consommation est saturé. De plus, d’ici 2050, “l’âge moyen de la population mondiale va augmenter de 10 ans. Et quand une population vieillit, les besoins caloriques diminuent”, poursuit Mme Guillou.
Dans les pays développés, la production de viande capte une part importante des terres cultivables. Il faut 7 calories végétales pour produire une calorie de viande bovine ou ovine. Pour les cochons ou les poulets, ce rapport n’est que de 4 à 1.
Il est aussi possible d’élever des animaux autrement, a souligné Bruno Dorin, du CIRAD: “L’Inde est un grand producteur de lait, mais sur un modèle complètement différent. Les vaches et les bufflesses s’y nourrissent de résidus de récoltes ou même de l’alimentation humaine”.
Sources : News AFP 2009 ; INRA Magazine, juin 2008.
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